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Logement squatté : pourquoi le droit de propriété est-il bafoué par la loi ?

Logement squatté : pourquoi le droit de propriété est-il bafoué par la loi ?

Selon la loi française, des squatteurs qui ont occupé le logement depuis plus de 48 heures ne peuvent pas être expulsés de la maison. De ce fait, les propriétaires légales ont l’impression que leur droit de propriété est bafoué. Cependant, depuis le 1er janvier 2021, de nouvelles lois plus dures seront appliquées contre ces occupants illégaux.

L’ancienne loi sur le squatting

 

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Bien que le squat de propriétés ne soit pas très répandu en France, plusieurs cas très médiatisés ces dernières années ont déclenché un changement de la loi. La plus importante de ces affaires s’est produite l’année dernière, lorsque deux septuagénaires qui avaient acheté une propriété dans le village de Théoule-sur-Mer, sur la Côte d’Azur, ont découvert que la propriété avait été squattée avant qu’ils n’emménagent, les laissant sans abri.

L’affaire a mis en évidence les délais inhérents à l’expulsion des squatters, car elle nécessite normalement une décision de justice, qui peut prendre plusieurs années à obtenir. Même lorsqu’une décision de justice est obtenue, le préfet peut refuser de l’appliquer en cas de circonstances atténuantes, comme l’implication des enfants.

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Une procédure accélérée est également disponible, mais ses capacités sont extrêmement limitées, car elle ne peut être invoquée que si le propriétaire signale le squat dans les 48 heures suivant l’occupation illégale. Comme les squatters envoient rarement un courrier électronique pour annoncer leur arrivée, et adoptent fréquemment des tactiques pour apporter la preuve contraire qu’ils sont dans la propriété depuis plus de 48 heures, cette procédure est rarement utilisable. De plus, la police est souvent lente ou réticente à poser des questions en raison du manque de clarté de la loi.

Les lois françaises sur la propriété, et souvent le sentiment officiel, ont traditionnellement penché fortement vers la protection des droits de l’individu contre la richesse présumée des propriétaires et des institutions.

Inévitablement, cette présomption a été exploitée par les squatters, qui pouvaient « jouer le système » pour retarder l’expulsion pendant de longues périodes.

Modifications de la procédure d’expulsion des squatters

Les principales modifications de la loi, qui entreront en vigueur le 1er janvier 2021, sont les suivantes :

  • La situation familiale et personnelle des squatters n’est plus un facteur important dans les procédures judiciaires. Auparavant, la loi permettait aux squatters de justifier leur occupation d’une propriété par leur besoin d’abri. Même lorsque ces revendications pouvaient être frauduleuses, l’enquête prenait un temps considérable et pouvait retarder énormément l’expulsion ;
  • Il n’existe désormais aucune obligation explicite pour les propriétaires de signaler l’occupation de leur propriété aux autorités dans les 48 heures qui suivent ;
  • L’expulsion ne peut plus être refusée par le tribunal au motif que c’est la période de la trêve hivernale ;
  • Les résidences secondaires, y compris les appartements et les caravanes, sont désormais clairement définies comme bénéficiant de la même protection juridique en matière de squat que la résidence principale. Auparavant, la situation juridique d’un squat dans une résidence secondaire était, au mieux, très ambiguë.

Les conséquences pour les propriétaires de logements squattés

Ces modifications apportées par la loi n’ont pas été bien accueillies par les propriétaires de logements squattés. Pour eux, ces changements ne suffisent pas à protéger leur droit de propriété et ne font que compliquer encore plus la procédure d’expulsion.

Premièrement, les propriétaires doivent toujours prouver leur propriété pour pouvoir entamer une procédure judiciaire. Cela peut prendre du temps et nécessiter des preuves coûteuses telles que des relevés bancaires ou des actes notariés.

L’élimination physique des squatteurs est très difficile en pratique. Les jugements peuvent être contestés plusieurs fois et le processus peut être retardé pendant plusieurs mois voire années. Pendant ce temps, le propriétaire doit supporter tous les coûts liés au maintien du bâtiment (charges fixes telles que l’eau ou l’électricité) ainsi qu’une perte financière due à l’inoccupation de sa propre propriété.

Il existe un risque important pour les propriétaires qui choisissent d’intervenir eux-mêmes dans l’expulsion d’un locataire indésirable. En effet, selon la jurisprudence actuelle française sur le sujet, toute personne cherchant à expulser un squatteur sans mandat officiel s’expose à une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.

Malgré les modifications apportées par la loi cet automne visant à simplifier le dépôt de plainte auprès de la police ou de la gendarmerie locale afin de signaler un squat illégal pour les propriétaires, le délai d’intervention des forces de l’ordre reste très variable selon les circonscriptions et la charge de travail des services locaux.

En définitive, si ces nouvelles modifications ont apporté quelques améliorations à la procédure d’expulsion des squatteurs en France, elles n’étaient pas suffisantes pour garantir aux propriétaires leur droit fondamental de disposer librement de leurs biens immobiliers. Les experts juridiques ont appelé à une réforme plus globale du droit immobilier français afin que l’on puisse mieux protéger ce qui est considéré comme l’un des droits humains universels : le droit de propriété.

Les solutions envisageables pour lutter contre le squatting

Face à cette problématique du squat de logements, plusieurs solutions ont été proposées pour répondre aux attentes des propriétaires et garantir le respect du droit de propriété. Parmi les pistes envisageables, il y a notamment :

• La mise en place d’une procédure accélérée d’expulsion, permettant aux propriétaires de récupérer leur bien plus rapidement et sans avoir besoin de fournir autant de preuves que cela est actuellement demandé.

• L’instauration d’un registre national des biens immobiliers vacants, qui permettrait aux autorités compétentes (police ou gendarmerie) ainsi qu’aux citoyens eux-mêmes, d’avoir une vision globale des bâtiments inoccupés dans chaque ville. Ce qui faciliterait la détection rapide du squat illégal.

• Le durcissement des sanctions pénales encourues par les squatteurs. Actuellement limitées à une amende symbolique, celles-ci pourraient être renforcées afin de dissuader toute personne souhaitant s’introduire dans un domicile sans y être invitée.

• La mise en place d’un système efficace de surveillance et sécurité privée. De nombreuses entreprises spécialisées dans la protection et la sécurisation des domiciles offrent aujourd’hui leurs services pour éviter tout risque lié au vol ou au vandalisme.

Ces différentes options doivent être étudiées avec précaution car elles peuvent aussi entraîner certains effets indésirables tels que l’exclusion sociale accrue ou encore la stigmatisation systémique contre certains groupes sociaux défavorisés.

Les associations, les citoyens et les professionnels du secteur immobilier doivent travailler ensemble pour trouver des solutions qui à la fois garantissent le droit de propriété et assurent une protection sociale pour tous. Il est inacceptable que des personnes puissent occuper illégalement des logements appartenant à autrui sans aucune sanction légale. Les droits humains universels ne peuvent être garantis que si l’on respecte aussi ceux de chacun dans le cadre d’un État démocratique.

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